Un détour vers le Hip Hop et son histoire

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Le hip hop prend son essor au début des années 70. Cette culture se développe en premier lieu dans le quartier du Bronx.

Elle permet alors aux minorités ethniques de s’affirmer et de surmonter les difficultés sociales. Ainsi, apparaissait le breakdance, mais aussi le graffiti et le deejaying. Des spectacles étaient organisés par des DJ qui mixaient sur leurs platines pendant que des danseurs s’exprimaient. Initialement, les Maîtres de Cérémonies (MC) étaient chargés de présenter les DJ, leur nom mais aussi leur groupe. Par la suite, ces derniers ont tenu un rôle plus important en rédigeant des vers qu’ils prononçaient durant les spectacles. Une nouvelle forme d’expression était née. Il s’agissait du rap.

 A l’origine, cette musique était empreinte d’un caractère festif et hédoniste. Le rap était très éloigné de celui que nous connaissons actuellement dans la mesure où il était apolitique. En outre, l’instrumentation s’inspirait directement du funk. Comme exemple, nous pouvons citer Rapper’s Deligh des Sugarhill Gang (The Sugarhill Gang – Rapper’s Delight). Ce morceau reprenait l’air d’un autre titre : Good Times de Chic (Chic – Good Times). Il s’agit d’un hymne incitant à danser et à chanter. Il est désormais un classique reconnu internationalement.

Il est également possible d’évoquer l’œuvre de Kurtis Blow. Né en 1959, il fut le premier rappeur à signer avec un major. Avec The breaks, il devient un pionnier du rap. Son rythme entrainant fut un succès planétaire (Kurtis Blow – The Breaks).

MC Hammer participa également à l’expression de ce caractère festif. Dans les années 80, ce dernier eut l’idée d’associer le rap à de la pop, créant ainsi un nouveau genre : la pop-rap. Son tube U can’t touch this (MC Hammer – U Can’t Touch This), reprise du morceau Super Freak de Rick James (Rick James – Super Freak), illustre cette nouveauté.

Avec l’émergence du gangsta rap, on pourrait penser que cette dimension hédoniste a disparu du mouvement. Pourtant, celle-ci subsiste encore dans le hip hop mainstream avec des artistes comme Jay-Z. On songe alors à Young Forever dont les paroles nous encouragent à profiter de l’instant présent. On remarque par la même occasion que les sonorités ont évolué. Le Funk est délaissé pour un beat plus proche des musiques électroniques (Jay-Z – Young Forever [Jay-Z + Mr Hudson] – Explicit Album Version).

 A la fin des années 70, les inégalités sociales commencent à s’accroître. Le rap réagit très rapidement à cette évolution, se politisant. A cette époque, se forme le collectif Grandmaster Flash & The Furious Five. En 1982, ces derniers sont à l’origine d’un événement pivot dans l’histoire du rap. La chanson The Message se veut contestatrice. Ses paroles traduisent le quotidien des quartiers défavorisés et dénoncent les inégalités sociales (Grandmaster Flash & The Furious Five – The Message).

De nombreux artistes s’en influencèrent, à l’instar de Nas. Dans The world is yours, il évoque les difficultés de la vie New-Yorkaise. Empruntant son titre à Scarface de Brian De Palma, Nas affirme que le monde nous appartient, que nous sommes les acteurs de son changement. Cependant, il pose un problème. Selon lui, les gens pensent davantage à s’amuser, ignorant ainsi les incommodités de notre univers. De cette manière, il abandonne le rap festif pour un rap conscient. Notons également que la partie instrumentale de ce morceau rompt avec le funk pour s’inspirer davantage du jazz (Nas – The World Is Yours – Explicit Album Version). D’autres rappeurs sont porteurs de cette tradition, comme Public Enemy. Par l’intermédiaire de ses chansons, ce groupe prône la reconnaissance d’une culture afroaméricaine. Dans Burn Hollywood Burn, une composition pour le moins délirante, ceux-ci s’en prennent au cinéma Hollywoodien, expliquant que ce monde est inaccessible aux noirs, qu’il les stigmatise (Public Enemy – Burn Hollywood Burn).

Cette dimension contestatrice est très présente dans le hip hop underground, désignant les productions indépendantes de ce genre. On pense alors à Immortal Technique et plus particulièrement à son morceau Dance with the Devil (Immortal Technique – Dance with the Devil). Reprenant le thème d’un film dramatique, Love Story (Soundtrack & Theme Orchestra – Theme From Love Story), cette chanson est troublante par le réalisme et la violence de ses paroles. Elle raconte la descente aux enfers d’un jeune homme, jouant à plusieurs reprises avec le feu.

D’autres artistes revendiquent un rap conscient, comme CYNE. Ce groupe originaire de Floride est l’auteur d’un phrasé s’inspirant de la philosophie de Rousseau. Ce groupe a également la particularité de mêler différents genres, notamment du trip hop et du jazz à du rap (Cyne – Fall Through Atlantis).

Face à ces inégalités, nait une autre forme de rap, le Gangsta Rap. Ce mouvement est apparu à la fin des années 80.  A cette époque, le Gangsta rap est à son apogée. Le rap devient alors un moyen de dépasser la misère et de s’approprier le rêve américain, d’accéder à des besoins matérialistes. C’est ce que nous fait comprendre Notorious Big dans Juicy (The Notorious B.I.G. – Juicy).

Ce genre se caractérise par des textes agressifs évoquant les gangs, des anecdotes sur l’argent, la violence ou la drogue. L’exemple type est celui du groupe N.W.A qui fut l’un des précurseurs de ce genre avec l’album Straight Outta Crompton (N.W.a – Straight Outta Compton), sorti en 1988.

Actuellement, ce courant se retrouve encore dans le hip hop mainstream avec des artistes comme 50 Cent ou Eminem. Dans Window Shopper, 50 cent fait preuve d’arrogance, se vantant de sa fortune personnelle et se présentant comme un homme craint de tous. Il fait rapidement allusion aux trafics de drogues et aux guerres de gangs  (50 Cent – Window Shopper). L’association de Eminem au Gangsta rap est discutable.  Le rap de ce dernier s’apparente davantage à une thérapie. Par l’intermédiaire de son alter égo, Slim Shady, il prend du recul sur son passé et nous fait part de ses frustrations. Dans ’97 Bonnie & Clyde, il met en scène le meurtre de sa femme et son enterrement assisté par sa jeune fille. Cette chanson est présentée sous la forme d’un récit humoristique plutôt sombre (Eminem – ’97 Bonnie & Clyde). Eminem fut souvent critiqué pour la violence et l’insalubrité de ses propos. Dans son album Marshall Mathers LP, il répond à ces accusations avec les chansons Stan et Criminal. A mon sens, il ne s’agit que d’une fiction reflétant les rapports tendus qu’il entretenait avec sa femme.

Dans les années 80, les Natives Tongues s’opposent au gangsta rap, revendiquant un rap originel. Ces derniers s’inspirent notamment des Sugharill Gang. Il est alors possible de mentionner A Tribe Called Quest et sa chanson Can I kick It ? (A Tribe Called Quest – Can I Kick It?), récupérant la mélodie de Walk on the wild side, autrefois interprété par Lou Reed (Lou Reed – Walk On The Wild Side). De la soul appartenait aussi à ce collectif. Il fut à l’origine du morceau Ring Ring Ring,retrouvant le caractère apolitique et festif des premiers succès du rap (Studio Group – Ring Ring Ring (Ha Ha Hey) – Sound-A-Like As Made Famous By: De La Soul).

 A la fin des années 90, le Gangsta Rap et les conflits qu’il engendre entre la côte est et la côte ouest mènent aux assassinats de deux icones du rap : Notorious Big et Tupac Shakur. On assiste alors à une crise de productivité du rap US. Parallèlement, le rap underground se développe grâce à internet. Dans les années 2000’s, il atteint des sommets. Deux mouvances se détachent de cette montée.

Certains  groupes ont souhaité moderniser le rap, le rendre plus complexe. L’idée ici est d’apporter un nouveau souffle au rap en dépassant les frontières du genre tout en se différenciant des productions commerciales en perte de créativité.

L’une des réalisations les plus étranges qui émergea de cette tendance fut sans aucun doute le premier album de cLOUDDEAD, issu du label Anticon.  Ce groupe fut alors l’auteur d’un son atypique, réunissant une sorte de pop psychédélique, de la musique électronique et du hip hop. On y trouve un rap timide, étouffé par une orchestration chimérique, presque surnaturelle. Ce caractère étonnant est par exemple illustré dans le morceau Apt. A-2 (cLOUDDEAD – Apt. A – 2).

Moins étrange, mais tout aussi expérimental, nous avons aussi Busdriver. Originaire de Los Angeles, ce « chauffeur de bus » dispose d’un talent certain, celui de pouvoir rapper à des rythmes inhabituels. Il nous le prouve dans sa chanson Me-time (Busdriver – Me – Time), issu de son dernier album. Il reprend la très célèbre marche turque de Wolfgang Amadeus Mozart, réalisant ainsi un cocktail amusant et singulier. Il est fortement conseillé de savourer ce morceau en compagnie de son clip, tout aussi délirant, dans lequel le chanteur devient un pantin dévastateur et incontrôlable (http://www.youtube.com/watch?v=1a0Y-CRx4nE).

D’autres ont préféré renouer avec les origines du genre. Ces derniers souhaitaient conserver l’authenticité du rap sans pour autant délaisser la qualité des textes. Ils puisent leur inspiration dans les musiques afro-américaines, notamment  la soul, le gospel ou encore le jazz et se référent au rap conscient dans leurs textes.

Dans ce courant, figure Apollo Brown. Ce producteur originaire de Détroit a débuté en 1996. En 2010, il se fit remarquer grâce à deux albums qu’il finança personnellement : The Reset et Gas Mask. Dans ce dernier, il s’associa à Journalist 103 et DJ Soko, formant ainsi le groupe The Left. Ils sont alors à l’origine d’un rap fascinant, parfumé de soul. On le constate avec l’excellent morceau The Melody (Apollo Brown – The Melody).

Talib Kweli s’inscrit également dans ce courant. Il reste par ailleurs une référence dans le domaine. Dans un premier temps, il collabora avec Mos Def, sous la tutelle du label Rawcus Records. Ce n’est qu’en 2002 qu’il fut l’auteur de son premier album solo, Quality. Issue de cette production, la chanson Get By (Talib Kweli – Get By) est très représentative de son style. D’une part, nous pouvons entendre des chœurs, faisant penser à du gospel. D’autre part, elle fut réalisée à partir d’un sample issu d’une chanson de Nina Simone, une pianiste de jazz. Par l’intermédiaire de cette chanson, il se présente comme un rappeur activiste. Il signe alors la réalisation d’un rap conscient et engagé.

Dans un sens, ce mouvement est réactionnaire. En effet, il rejette les valeurs que porte le rap actuel pour se référer aux origines. Ils sont nostalgiques d’une époque, celle d’un rap conscient, engagé, militant, mais toutefois pacifique. Ce malaise est parfaitement illustré dans la chanson I used to love H.E.R. de Common (Common – I Used To Love H.E.R.).

On constate que cette création est basée sur une œuvre de George Benson, The World Changing. A la vue du titre de ce morceau, signifiant « Le monde en train de changer », on remarque que ce n’est pas un hasard s’il a été choisi. Outre son caractère jazzy, Il est totalement en accord avec la nature mélancolique de cette chanson.  Par l’intermédiaire d’une métaphore, Common nous décrit la trajectoire du hip hop. En effet, il nous dresse le portrait d’une fille dont il est tombé amoureux, qui autrefois était créative, pacifique mais qui fut rapidement pervertie au contact de l’homme, devenant ainsi cupide, violente, presque superficielle.

L’année précédente, nous assistions aux décès de deux personnes influentes dans le monde du rap, Nate Dogg et Gil Scott Heron. Parallèlement, on entendait scander que le rap était mort. Pourtant, il subsiste encore des virtuoses au sein de ce genre.

A mon sens, K. Sparks en fait parti. Si ses débuts datent de 2006, il fut notamment révélé par son album A day in the life, sorti en 2010. L’année précédente, il récidivait avec une autre création, tout aussi excellente, Tomorrow Today. Sa chanson Welcome est particulièrement agréable, du fait de son instrumentation onirique mais aussi de son flow accompli (K. Sparks – Welcome).

La même année, Atmosphère sortit son dernier album. Fondé en 1998 dans le Minnesota, ce groupe appartient à la lignée du hip hop underground. Dans cette récente production, ils collaborent avec un pianiste et un guitariste. Ils réalisent alors un rap instrumental particulièrement plaisant. Pour clore cet article, j’évoque leur chanson The last to say (Atmosphere – The Last to Say), traitant de la mort d’une manière saisissante. Les battements du beat semblent s’apparenter aux battements d’un cœur, s’étouffant davantage au fil de la chanson pour arriver à la fin…

Oscar.

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